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5 stratégies pour faire la prévention des violences sexuelles dans les milieux à prédominance masculine 

Sujets abordés : Masculinité, Mythes et stéréotypes, Plaidoyer, Représentation positive, Témoignage

Traditionnellement, ce sont surtout les femmes qui parlent de violences sexuelles, que ce soit pour dénoncer, pour faire changer les choses ou pour faire de la prévention. Or, il serait plus qu’important que les hommes participent également à cette conversation. C’est pourquoi nous vous proposons ici cinq stratégies pour que la prévention des violences sexuelles interpellent les milieux à prédominance masculine.

Au fil des luttes, des espaces se sont forgés pour partager les expériences vécues en lien avec les violences sexuelles, pour dénoncer les violences subies d’une voix commune. Cela a libéré la parole de plusieurs personnes. Mais qu’en est-il des hommes? Encore peu d’entre eux se lèvent pour dénoncer les violences sexuelles.

Alors, comment faire pour que les hommes se sentent concernés par la prévention des violences sexuelles et de genre? On souhaite éviter qu’ils se sentent piégés et qu’ils se referment face à la discussion. On cherche plutôt à leur faire prendre conscience de la culture qui génère ces violences pour ensuite travailler ensemble à la changer.

C’est dans ce sens que nous croyons que les cinq stratégies suivantes pourront faciliter votre intervention auprès d’un public majoritairement masculin. Du moins, elles devraient vous outiller pour ouvrir le dialogue sur les enjeux en lien avec les violences sexuelles.

1. Inclure des hommes dans la discussion sur les violences sexuelles

Une bonne façon d’engager les hommes dans la discussion entourant les violences sexuelles est d’avoir des représentations masculines.

« Une majorité des violences envers les femmes et les hommes est commise par les hommes. Pourtant, leurs voix sont cruellement sous-représentées dans cette discussion. »

Thordis Elva, Our story of rape and reconciliation, TEDWomen 2016

On comprend qu’il peut être difficile de trouver des hommes pour faire ce travail de prévention des violences sexuelles, mais sachez que toute personne qui démontre une compréhension des spécificités de leur situation peut contribuer. Nous vous offrons ici différentes ressources qui pourraient vous aider à combler ce manque de présence masculine.

Avec une touche humoristique, les capsules informatives Vérités et conséquences avec Louis T. sont animées par un homme et abordent la culture du viol et la crise de la masculinité. Même si l’interaction directe avec Louis T. n’est pas possible, il s’agit tout de même d’un bon point de départ pour faire la prévention des violences sexuelles dans un milieu à prédominance masculine. L’atmosphère décontractée viendra certainement faciliter la discussion de groupe.

La conférence en vidéo Our story of rape and reconciliation offre un modèle masculin de prise de responsabilité qui pourrait favoriser une prise de conscience chez les hommes. Cette conférence, en anglais avec des sous-titres français, recoupe les témoignages de deux personnes impliquées dans une situation d’agression sexuelle. Le fait de les entendre en parallèle est pertinent pour mieux comprendre les impacts, les mécanismes de protection et le transfert de responsabilité après une situation de violence sexuelle. On y voit ainsi un homme qui assume ses actes et tout le processus nécessaire pour y arriver.

2. Avoir des structures formelles sécuritaires pour aborder les notions de genre

Les personnes ont besoin de se sentir en sécurité pour aborder de façon honnête et vulnérable les effets du genre sur leur vie. C’est pour ça que l’utilisation de structures plus formelles pourrait permettre de créer un climat de confiance nécessaire à une discussion entourant les violences sexuelles. Concrètement, cela consiste à offrir des cours qui traitent des féminismes ou d’enjeux sociaux, à mettre en place des groupes de discussion, ou encore à organiser des activités de sensibilisation sur le sujet dans les milieux à prédominance masculine où on souhaite faire de la prévention. 

Au sein d’une structure formelle, un point de départ pour la discussion sur le genre pourrait être ce questionnaire sur la socialisation genrée créé par le CAPACS Abitibi-Ouest. Il peut s’agir d’un bon catalyseur de réflexions et de discussions sur les attentes de la société envers les filles et les garçons. D’ailleurs, il permettra des prises de conscience face aux façons dont la société nous transmet ces attentes.

La vidéo Quatre hommes victimes de viol brisent le tabou et acceptent de parler présente un exemple visible d’un groupe sécuritaire structuré. On y voit des extraits de discussions entre hommes où ils parlent des effets de la pression sociale, de leurs craintes et de leurs réussites en lien avec les épisodes de violence sexuelle qu’ils ont vécus.

3. Parler des effets du genre de manière plus large 

Aborder le genre de façon plus large permet d’éviter que les personnes se mettent sur la défensive lorsqu’on regarde les statistiques en lien avec les violences sexuelles. Si on ciblait davantage la masculinité au niveau individuel, les hommes pourraient se sentir attaqués dans leur identité personnelle et ainsi refuser de s’engager dans la discussion.   

En plus de la capsule de Louis T. sur la crise de la masculinité mentionnée précédemment, voici une proposition d’activité réflexive pertinente pour entamer une discussion sur les effets du genre de manière plus large. 

Activité The ManBox (La boîte de la masculinité)

Cette activité simple et visuelle inspirée par le projet Let’s redefine Masculinity permet d’aborder certains effets de la masculinité toxique, du sexisme, de l’hétérosexisme et de l’homophobie. 

  1. Dessinez un carré sur une feuille.
  2. À l’intérieur du carré, écrivez ce qui définit un « vrai homme »
  3. À l’extérieur du carré, écrivez les mots utilisés pour parler des hommes qui ne respectent pas ces critères.
  4. À partir de ces termes, discutez des stéréotypes de genre ou de la façon dont les hommes sont présentés dans la société.

Pour des rencontres individuelles ou informelles, une alternative plus courte existe.

  1. Demandez ce qu’est un « homme bon ».
  2. Demandez ce que ça veut dire d’être un « vrai homme ».
  3. Réfléchissez aux différences entre les deux réponses, en lien avec les attentes genrées.

4. Faire des liens entre les stéréotypes de genre et le quotidien ou l’actualité

Pour aborder les effets du genre et des normes sociales sans avoir à dévoiler de détails personnels, une bonne stratégie est de partir d’un événement de l’actualité. Il s’agit d’un bon brise-glace qui permettra également de ramener les conversations plus théoriques à un niveau concret.

Le premier témoignage de la vidéo Quatre hommes victimes de viol brisent le tabou et acceptent de parler pourrait être utile pour ouvrir une discussion sur les effets des stéréotypes de genre dans la vie intime des jeunes hommes, en plus de favoriser l’empathie envers les personnes survivantes des violences sexuelles. L’homme qui témoigne aborde les pressions subies par les hommes au lit et comment ses expériences de violences passées viennent l’affecter des années plus tard.

Le témoignage de Tom dans la vidéo Our story of rape and reconciliation pourrait constituer une motivation au changement et à l’introspection pour un groupe à prédominance masculine. Il y expose les discours internes, les mécanismes de défense et les stratégies d’évitement qu’il a utilisés, parfois malgré lui, suivant l’agression qu’il a commise.

5. Valoriser ce qui est déjà fait et montrer des exemples positifs à suivre pour réduire les violences sexuelles

Rappelez aux hommes ce qu’ils font déjà pour réduire les violences sexuelles, cela les encouragera à continuer. Le plus près d’eux sont les exemples, le plus d’effets ils pourraient avoir sur eux. N’hésitez donc pas à mettre en évidence des personnes phares présentes dans votre milieu pour permettre aux gens de s’y identifier plus facilement. 

Pour des exemples concrets et simples en lien avec le consentement, l’infographie 30 manières de demander le consentement, créée par AlterHéros une bonne solution. Plusieurs personnes utilisent peut-être déjà l’une ou l’autre de ces expressions pour s’assurer de l’enthousiasme de leur partenaire. N’hésitez pas à les en féliciter !

Un truc pratique proposé par l’autrice Liz Plank pour mettre un terme à une « blague » et rendre conscient son caractère sexiste (ou raciste, homophobe, etc.) sans mettre la personne qui l’a racontée sur la défensive. Il s’agit simplement de lui dire qu’on ne comprend pas sa « blague ». Elle devra ainsi expliquer ce qui est drôle et pourra possiblement se rendre compte des stéréotypes qu’elle véhicule.

Un travail qui s’inscrit dans le temps

Utiliser ces cinq stratégies facilitera certainement votre intervention auprès d’un milieu à prédominance masculine. Mais, n’oubliez pas que changer les mentalités et remettre la culture du viol en question est un travail qui s’inscrit dans le temps. Écoutez les expériences des personnes de votre groupe, adaptez ces stratégies à votre milieu et insistez sur les trucs qui fonctionnent le mieux!

Références
  1. David Garzon, de l’organisme White Ribbon. (January 30, 2020). Best Practices in Engaging Male-Identified Students in Post-Secondary Sexual Violence Prevention.
  2. Liz Plank est journaliste, autrice et productrice exécutive. Elle traite des enjeux du genre, par exemple dans le podcast Man Enough, qu’elle co-anime, et son livre Pour l’amour des hommes. Conférencière lors du colloque La prévention des violences sexuelles et conjugale, l’affaire de tout le monde, présenté par la Table de concertation en violence conjugale et agressions à caractère sexuel de Laval. (19 avril 2022)
  3. Michel Dorais, sociologue québécois spécialisé dans les questions du genre et des sexualités. Conférencier lors du colloque La prévention des violences sexuelles et conjugale, l’affaire de tout le monde, présenté par la Table de concertation en violence conjugale et agressions à caractère sexuel de Laval. (19 avril 2022)
  4. Grace Skahan, étudiante à la Maîtrise à la Faculté d’Éducation de McGill. Ses recherches portent sur l’engagement des jeunes hommes autour des enjeux de violences basées sur le genre. Wanted: More men to help prevent gender-based violence in Canada.

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