Sujets abordés : Biais inconscient, violence basée sur le genre (VBG), violence à caractère sexuel (VACS), impact socioéconomique.
Les biais inconscients, aussi appelés raccourcis cognitifs, sont étudiés dans le domaine de la psychologie. Il s’agit de pensées automatiques que le cerveau humain utilise afin d’analyser plus rapidement l’information qu’il reçoit, d’où l’idée de raccourcis. Bien qu’ils aient une fonctionnalité adaptative, ces biais ne sont pas toujours positifs. Ils sont associés à et créés par des émotions positives ou négatives, liées à une personne ou à un évènement, que nous finissons par associer à un groupe. Les biais inconscients sont donc les stéréotypes intériorisés que nous créons, par exemple, par la socialisation genrée. Ils peuvent avoir un impact significatif sur notre vie sociale, relationnelle, professionnelle, nos prises de décisions et nos actions. Ils nous amènent à juger une personne plus favorablement ou défavorablement sans raison objective.1, 2 et 4
Les biais inconscients influencent également la manière dont un·e intervenant·e psychosociale va recevoir et interpréter les récits des survivant·e·s de violences à caractère sexuel (VACS). Mais c’est aussi ce qui fait qu’un·e conseiller·ère en orientation, par exemple, pourrait ne pas suggérer à une femme qui vient le/la voir des métiers perçus comme masculins comme ingénieure électrique, mécanicienne ou menuisière-charpentière. Enfin, ce sont aussi les biais inconscients qui jouent un rôle dans la décision d’un·e employeur·euse de privilégier le curriculum vitae de candidats plutôt que de candidates pour des emplois typiquement masculins.3
Il est important de reconnaître ses propres biais
Il est important de connaître ses propres biais afin de prendre conscience de leurs impacts dans nos prises de décisions qui exercent une influence sur les autres.
Quels sont les biais inconscients?
Il y a des biais inconscients liés à notre personne et des biais liés aux groupes d’appartenance. Les biais inconscients sont influencés par les systèmes d’oppression : sexiste, raciste, âgiste, hétéronormatif, cisnormatif, capacitiste et colonialiste.1 En voici quelques exemples1 et 4 :
Biais inconscients liés à la personne
- Le biais d’angle mort : on perçoit moins ses propres biais que les biais des autres personnes.
- Le biais de la première impression : il consiste à ne pas remettre en question sa première impression, la considérant comme juste et s’en servant comme un cadre de référence dans ses interactions.
- Le biais de la vérité illusoire : il consiste à considérer comme vraies des informations qui proviennent de situations qui se sont produites à répétitions.
- Le biais de négativité : il désigne la tendance à retenir plus facilement les aspects négatifs plutôt que positifs.
- Le biais de stéréotype : il conduit à évaluer une personne à travers les stéréotypes associés à son groupe d’appartenance.
Biais inconscients liés aux groupes d’appartenance :
- Le biais de confirmation : il s’agit de la tendance humaine à privilégier des informations qui confirment sa pensée personnelle, ses croyances, sans prendre en considération les informations qui pourraient l’infirmer.
- Le biais de similarité : il s’agit de la tendance à favoriser ou à donner plus de bénéfice aux personnes qui nous ressemble physiquement et moralement.
- Le biais de faux consensus : il s’agit de la tendance à croire que notre façon de penser est la bonne, en supposant que la majorité des personnes partage notre opinion.
- Le biais d’illusion de transparence/compréhension : il s’agit de croire que l’on peut évaluer l’état mental ou les capacités d’une personne à effectuer une tâche, sans vérifier directement auprès d’elle.
Comment y pallier ?
Pour les professionnel·le·s œuvrant dans les milieux de développement professionnel ou exerçant une influence sur les employé·e·s d’un établissement (ressources humaines, gestionnaires, …), il est crucial de conscientiser ces biais et de mettre en place des stratégies. Dans un premier temps l’objectif est d’en limiter l’impact, puis de les déconstruire progressivement.
Dans cette dynamique, le Y des femmes recommande :
- De prendre le temps de se connaître afin d’identifier ses propres biais inconscients;
- D’analyser si ces biais ont des effets positifs ou négatifs sur une communauté;
- D’identifier l’origine et la raison d’être de ces biais;
- De développer des stratégies pour réduire leurs impacts et limiter leur influence dans nos actions et interactions de la vie quotidienne.
Conscientiser les biais inconscients est un processus d’introspection exigeant, qui nécessite du temps et de l’honnêteté. Cependant, ces réflexions sont essentielles pour adopter des décisions plus justes, neutres, donc plus équitables.
Stratégies additionnelles
- Demander l’avis d’une tierce personne : un regard extérieur peut parfois aider à identifier certains biais dont nous ne sommes pas conscients.
- Définir des critères objectifs, inclusifs et non genrés à l’avance : cette stratégie est particulièrement importante dans les domaines du recrutement et de l’orientation, afin de guider au mieux une personne, sans préjugés, vers un parcours académique ou professionnel qui lui convient.
- S’informer en continu : suivre des formations, se tenir à jour sur ce qui se passe dans la sphère sociale, remettre en question ses privilèges, etc.
- Se questionner : préparer une liste de questions afin d’évaluer si notre jugement est biaisé ou neutre. Par exemple, qu’est-ce qui m’a influencé dans mon évaluation de cette personne et pourquoi?
L’important est surtout d’adopter une posture bienveillante envers soi-même et les personnes qui nous entoure. Les biais sont inhérents à nos systèmes sociaux et cognitifs, mais les identifier est la première étape pour construire une société plus équitable, juste et inclusive.
Références :
- Brière, S., Auclair, I., Keyser-Verreault, A., Laplanche, L., Pulido, B., Savard, B., St-George, J., & Stockless, A. (2022). Biais inconscients et comportements inclusifs dans les organisations. Presses de l’Université Laval. https://www.pulaval.com/libreacces/9782763752716.pdf
- Gauvreau, C. (2021, 11 janvier). Reconnaitre les biais cognitifs. Actualité UQAM. https://actualites.uqam.ca/2021/reconnaitre-biais-cognitifs-pour-mieux-contourner/
- Gouvernement du Québec. (19 décembre 2024). Emplois dans certaines catégories professionnelles. https://statistique.quebec.ca/vitrine/egalite/dimensions-egalite/travail/emplois-certaines-categories-professionnelles?onglet=ensemble-de-la-population
- Psychomédia. (2015, 22 février). 30 biais cognitifs qui nuisent à la pensée rationnelle. https://www.psychomedia.qc.ca/psychologie/biais-cognitifs