La loi P-22.1, adoptée pour lutter contre les violences à caractère sexuel (VACS) dans les établissements d’enseignement postsecondaire, a été saluée pour son approche intersectionnelle et ses efforts visant à protéger les populations vulnérables. Cependant, un examen approfondi révèle que certaines communautés, en particulier les populations autochtones, restent largement marginalisées dans son application et ses mesures de soutien.
Un manque de reconnaissance des réalités autochtones
Le rapport Rebâtir la confiance1 souligne l’importance de considérer les différences culturelles et historiques dans la lutte contre les VACS. Il indique que « les problématiques de violence chez les Autochtones doivent être replacées dans une perspective historique et sociale dont les faits se sont érigés du même coup en des facteurs déterminants à l’adoption de comportements violents »2.
De plus, les femmes autochtones sont surreprésentées dans les . Selon les statistiques du rapport, la violence sexuelle représente 33 % des crimes commis contre les femmes autochtones3
Malgré cela, les recommandations spécifiques pour ces populations restent peu nombreuses dans la loi P-22.1.
Les lacunes institutionnelles
Les établissements d’enseignement postsecondaire au Québec, majoritairement situés en milieu urbain, ne tiennent souvent pas compte des défis uniques auxquels font face les étudiant·e·s autochtones dans la mise en place de leurs politiques institutionnelles. Néanmoins, l’éloignement de leur famille, les barrières linguistiques et culturelles, ainsi que le manque de connaissance des systèmes allochtones aggravent leur vulnérabilité.
En outre, l’approche judiciaire actuelle, mise en place à la suite d’une plainte contre son agresseur, peut rappeler des traumatismes historiques et intergénérationnels pour ces populations. Comme le précise le rapport Rebâtir la confiance (Corte et Desrosiers, 2020), il est essentiel d’intégrer des politiques holistiques compatibles avec les valeurs et les coutumes des communautés autochtones.
Bonnes pratiques et ressources existantes
Certaines initiatives illustrent des modèles de bonnes pratiques. Le Centre des Premiers Peuples du Collège Dawson, par exemple, propose un accompagnement sensible aux réalités des étudiant·e·s autochtones. Son équipe, composée de professionnels autochtones, offre un soutien culturellement adapté, prenant en compte les enjeux sociaux, économiques et historiques.
D’autres initiatives méritent d’être mentionnées :
- Le Programme d’accompagnement des Premières Nations du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, qui vise à offrir un encadrement adapté pour réduire le taux de décrochage scolaire parmi les jeunes autochtones.
- Les centres d’amitié autochtones situés dans plusieurs régions du Québec, qui offrent des services de soutien psychosocial et culturel aux étudiant·e·s et aux familles autochtones vivant en milieu urbain.
- Le Réseau de santé des Autochtones du Québec, qui propose des formations pour sensibiliser les professionnel·le·s des services sociaux et médicaux aux besoins spécifiques des communautés autochtones.
Recommandations pour une meilleure inclusion
Afin de pallier ces lacunes, il est donc nécessaire de :
- Mettre en place des formations spécifiques pour les intervenant·e·s sur les réalités autochtones, incluant les enjeux historiques, sociaux et culturels.
- Instaurer des pratiques de soutien psychosocial adaptées, telles que des groupes de pairs ou des services offerts par des professionnel·le·s appartenant aux communautés concernées.
- Adopter une approche holistique et inclusive, en alignant les services offerts aux étudiants avec leurs coutumes et leurs valeurs.
- Améliorer l’accès aux ressources, en soutenant et s’inspirant des initiatives comme celles du Centre des Premiers Peuples du Collège Dawson.
- Développer des partenariats avec les membres des communautés autochtones pour co-créer des politiques et pratiques respectueuses des coutumes locales.
- Renforcer le financement des programmes existants, afin de garantir leur durabilité et leur expansion dans d’autres établissements postsecondaires.
La loi P-22.1 représente une étape importante dans la lutte contre les VACS, mais elle ne répond pas pleinement aux besoins des populations autochtones. En reconnaissant les réalités uniques de ces communautés et en intégrant des pratiques ajustées, nous pouvons créer un environnement plus équitable et respectueux pour tous·tes.
Le programme d’accompagnement du Y des femmes de Montréal
Le Y des femmes de Montréal soutient les établissements postsecondaires dans la mise en œuvre de la loi P-22.1. Cet accompagnement inclut des ateliers de sensibilisation, des formations spécifiques sur les enjeux liés aux violences sexuelles, ainsi qu’un répertoire de ressources adaptées pour les intervenant·e·s travaillant auprès des communautés marginalisées, incluant les populations autochtones.
Le Y des femmes s’appuie sur une expertise reconnue pour promouvoir une approche inclusive et intersectionnelle, essentielle pour répondre aux besoins variés des survivant·e·s.